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8 mars,13h14

Subprime

ou quand les clefs de la maison ouvraient les portes de la ruine

Je ne vous souhaite pas une bonne année. D’abord parce que c’est trop tard, et ensuite parce que je sais que ça sera une mauvaise année.
Comme si notre Président ne nous suffisait pas, voilà que nous allons devoir essuyer une bonne crise économique comme on en fait plus depuis 1929. Ah la Grande Dépression... Nostalgie nostalgie.
En fait je n’étais pas né à l’époque où l’American Union Bank mettait la clef sous la porte et où des millions de personnes se pressaient à la soupe populaire. Du coup je stresse un peu : je pense qu’il est préférable de naître aveugle que de le devenir, de la même manière que je ne souhaite pas connaitre la misère après avoir connu le confort.
Enfin bref. J’avais prévu de vous faire un speech sur Kerviel, mais c’était trop facile, sensationnel et déjà un peu périmé.
Alors que la crise des subprimes, ça c’est l’avenir, porteur, percutant, flippant et en même temps tellement édifiant sur le mode de fonctionnement de nos sociétés.
Subprime donc. Un terme récurrent ces derniers temps chez nos amis journalistes qui s’en gargarisent sans en comprendre véritablement les fondements ni les conséquences. Alors je vais tenter de vous donner quelques éclaircissements, une vision et quelques gracieux conseils.

1. Le Bestiaire Financier

  • Subprime : c’est un crédit à risque, c’est à dire qu’on accepte de donner un crédit à une personne dont on sait qu’elle aura du mal ou sera même dans l’incapacité à rembourser. C’est pourquoi, dans ce cas, l’emprunteur hypothèque toujours son bien immobilier en faveur du prêteur. Tous les détails ici.
  • Marché monétaire (MM) : c’est un marché où les investisseurs institutionnels (banques, fonds de pension, assureurs, etc) peuvent emprunter ou prêter de l’argent. Quand l’épargne est supérieure aux investissements, il y a beaucoup de prêteurs et peu d’emprunteurs, et inversement lorsque les investissements sont supérieurs à l’épargne. Les prêteurs gagnent de l’argent grâce aux taux d’intérêt qu’ils appliquent aux emprunteurs. Ce taux est déterminé grâce au marché monétaire qui comme tous les marchés fonctionne en fonction de l’offre et de la demande. Tous les détails ici
  • Taux d’intérêt fixe : c’est un taux d’intérêt qui ne bouge pas durant toute la durée de l’emprunt et de son remboursement, et ce quelque soit les fluctuations du marché monétaire. Du coup, le taux d’un emprunt à taux fixe est toujours plus élevé que le taux du marché au moment de la signature du contrat.
  • Taux d’intérêt variable : c’est un taux qui suit l’évolution du marché monétaire. Si le taux du marché monétaire monte le taux de votre emprunt monte et vice versa.
  • Crédit à la consommation : ce sont des crédits dont les taux sont complètement déconnectés du marché monétaire tellement ils sont au dessus. Lorsque le taux du MM est à 3% celui d’un crédit à la consommation peut monter jusqu’à 20%. Etant donné que les établissements financiers les vendent sans aucune garantie, on peut justifier ces taux comme une rémunération du risque.
  • Fed : Federal Reserve System est la banque centrale américaine. L’équivalente US de notre Banque Centrale Européenne.

2. Cercle vertueux, cercle vicieux, ou simplement cycle ?

> Au lendemain de l’explosion de la bulle internet, la Fed et son Gourou Alan Greenspan ont baissé drastiquement les taux d’intérêt pour relancer les investissements/la consommation.
> Les banques ont commencé à fourguer des crédits à risque et à taux variables à tour de bras pour que l’américain lambda puisse acheter des voitures, des machines à laver, mais surtout des maisons.
> Le niveau d’épargne est devenu très nettement inférieur au niveau des investissements
> Le cash s’est fait de plus en plus rare sur le MM
> Le taux directeur s’est mis à grimper
> Les emprunteurs et leur taux variable boosté à l’hormone de croissance, n’ont plus pu rembourser leurs emprunts : le taux appliqué à leurs emprunts s’est envolé et les annuités dont ils devaient s’acquitter chaque mois sont devenues trop élevées.
> Plutot que d’arrêter les frais, ils ont souscrit à des crédits à la consommation pour pouvoir rembourser leur emprunt immobilier. Ici un article intéressant.
> Et puis ils ont fait faillite, la banque a saisi leur maison qui s’était évidemment faite hypothéquée comme garantie au moment de l’emprunt.
> Les banques se retrouvent avec des tas de maisons sur les bras. Elle doivent les revendre et font chuter le marché de l’immobilier en vendant massivement.
> les investisseurs étant méfiants et les taux d’intérêt si haut, le marché de l’immobilier continue à plonger.
> Certaines banques font faillite : elles n’arrivent pas elles non plus à rembourser les emprunts qu’elles ont pris sur le MM auprès d’autres investisseurs institutionnels.
> Les particuliers se précipitent dans leur banque pour retirer massivement leur argent. Ils n’ont plus confiance dans ces établissements financiers qui ne peuvent pas solder les comptes de chaque client faute de liquidité.
> D’autres banques font encore faillite. Les investisseurs institutionnels deviennent très méfiants les uns envers les autres : l’argent se fait encore plus rare sur le MM et les taux augmentent encore.
> Dans ce contexte tout le monde est méfiant et met ses billes de coté. Et avec un taux d’intérêt élevé, il devient vraiment intéressant d’épargner.
> Dans les banques qui ont su tirer leur épingle du jeu ou qui avaient les reins assez solides, l’épargne devient supérieure aux investissements
> Le taux directeur sur le MM redescent
> Et on repart pour un tour, à moins que...

3. Et en vrai ça donne quoi ?

Les Etats Unis sont déjà en train de morfler sévèrement. De chez nous on le voit avec le Dollar qui s’effondre par rapport à l’Euro. En effet, la FED baisse son taux d’intérêt directeur, ce qui concrètement veut dire faire tourner la planche à billet pour injecter de la liquidité sur le MM. Forcément ça créé de l’inflation et fait chuter le Dollar.

En Angleterre, la Northern Rock est la première banque Européenne à avoir fait faillite suite à une grosse perte sur le marché des subprimes et une perte de confiance des clients qui sont tous venus retirer leur argent. Elle vient d’être nationalisée, ca permet de sauver les apparences et de calmer les esprits pour un temps

Les banques du monde entier annoncent des pertes lourdes liées aux subprimes. En France toutes les banques ont perdu quelques milliards, mais leurs résultats restent positifs (malgré ses exploits, la SG a quand même dégagé un bénéfice de quasiment 1 md d’EUR). Cela veut dire que les établissements bancaires français et les français en général sont restés à peu près raisonnables. On va en chier, mais pas comme les ricains. Vous noterez que durant ces dernière années la Fed a continuellement baissé son taux directeur tandis que la BCE à toujours fait évolué ce taux avec raison et parsimonie. Au grand dam de Sarkozy...

Aux Etats Unis, la plupart des banques ont fait des pertes très lourdes et elles sont quasiment toutes dans le rouge. Actuellement, ça se traduit par des licenciements. La direction de NY est venue nous voir et, enrobé dans un discours hyper positif, ils ont dégagé tous les consultants. Première étape d’une longue série (mais ne vous inquiétez pas pour moi, Dieu bénisse la Suisse et son secret bancaire, ce n’est pas demain qu’on pourra délocaliser mon job en Inde).

Et pour les particuliers, dans un futur proche (qui je suis sûr se trouve déjà être un présent aux USA), nous verrons des suicides, des prises d’otages désespérées, des faillites retentissantes, des SDF à la pelle, et de la misère comme jamais.

4. Popovitch Consulting : des conseils pas chers

Ces conseils ne sont pas garantis 100% bons, mais ils sont gratuits et assurément plus fiables que ceux de votre conseiller clientèle.

  1. Si vous êtes un nouveau propriétaire, qui a acheté son bien immobilier au plus haut et qui a emprunté avec un taux variable :
    1. Vous êtes plutot dans la merde
    2. Si vous pouvez, ne revendez pas
    3. Si vous ne pouvez plus rembourser vos annuités, tentez une négociation avec votre banque pour avoir un remboursement modulable (mais honnêtement, vue la nervosité sur le secteur, ça risque d’être dur). Ne souscrivez en aucun cas à un crédit à la consommation (Cetelem and Co)
    4. Si vous pouvez, comprenez et avez des couilles, couvrez vous en investissant sur le marché des dérivés avec le taux directeur comme sous-jacent. Ce produit est pas mal.
  2. Si vous comptez devenir propriétaire :
    1. soyez patient, les prix devraient baisser en 2008, s’effondrer en 2009 et reprendre quelques couleurs courant/fin 2010.
    2. regardez les opportunités du marché, beaucoup de particuliers ou banques en faillite vont brader leur bien pour avoir rapidement du cash
    3. Investissez dans un bunker : les USA se sont sortis de la grande dépression « grâce » à la seconde guerre mondiale.
    4. Empruntez à taux FIXE
  3. Si vous êtes locataire et si vous comptez le rester :
    1. surveillez attentivement l’évolution des prix, vos bailleurs ne diminueront jamais votre loyer spontanément.
    2. Etes vous sûrs de vouloir rester locataire ?

Si cet exposé vous a plu et que vous êtes un fan de Kerviel, je ferai comme si ce mec est mon héros pour le mois prochain. Vous aurez évidemment droit au très technique descriptif des marchés à terme (ce qui pourrait être très précieux pour notre catégorie " nouveau propriétaire, qui a acheté son bien immobilier au plus haut et qui a emprunté avec un taux variable"). Si ça vous a saoulé, je ne recommencerai pas, promis.

Une dernière chose : l’illustration ci dessous est une toile de 81x65 en vente pour la modique somme de 5 milliards d’EUR. Tout l’argent sera reversé au fonds caritatif "sauvez Dany".

JPEG - 236.5 ko
5 000 000 000 €
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attila


La toile déchire sa race :) L’exposé est saisissant... Je rajoute la vision de Boston legal saison 4 épisode 10 qui traite entre autre des Subprime de façon très intéressante ! Dans l’épisode Dany Crane est extraordinaire sur l’environnement , que du bonheur...
SAMsara - 8 mars 2008, 16:53

Très intéressant et instructif cet article. Les conséquences d’une crise , d’un krack boursier vont au-delà de l’aspect économique. ça m’a fait penser à un vieux film de 1955, qui relate une histoire ayant lieu en 1929 aux Etats-Unis : La nuit du chasseur de Charles Laughton (son seul film d’ailleurs, mais devenu culte).

Hormis les hold-up, la misère, la déprime en temps de dépression, on voit ressurgir de vieux démons...Le recours à la religion, à sa forme la plus extrême. Car avec la peur du lendemain vient toujours la nécessité de se raccrocher à de vieilles croyances, de recouvrer la foi qu’on avait semble-t-il perdu, moutons égarés que nous sommes. La misère ! tel sera notre châtiment...

Mais Sarko est déjà une plaie, pire que celles d’Egypte. Etre pauvre sous la présidence de Sarko, si ça c’est pas être damné !

anna coluthe - 8 mars 2008, 19:22
Super article ! Je suis pour que nous décrypte l’économie régulièrement ( et tout particulièrement le secteur immobilier,- ben oui, comme tout le monde je m’intéresse à ce qui touche ma petite personne) !
orphée - 9 mars 2008, 02:37
Bear stearns première grosse faillite.
attila - 16 mars 2008, 22:41
Ah tient, la FED est en train de faire dans son froque. Quasiment toutes les banques du monde sont en train de chuter en bourse (entre -5 et -10%) Ca sent le caca vraiment très fort.
Attila - 17 mars 2008, 13:34
ah oué en effet ...
Fab - 17 mars 2008, 14:05
Salut Attila : 1. bel article, non, vraiment bravo 2. petite divergence de vue sur les taux fixe/variable : je comprend le besoin de sécurité qui soutend le choix du fixe, mais au final je demande à voir qui paie plus cher sur 25 ans : la marge des banque pour te garantir un taux fixe sur la durée est très élevée. Si tu prends le LIBOR CHF (au hasard puisque tu parles de Suisse) il me semble que tu es encore assez largement gagnant. De plus le role de valeur refuge du CHF semble vouloir se mettre en route, tirant les taux vers le bas (tout comme la crise de liquidité d’ailleurs, mais contrairement à l’inflation ok) 3. dis donc ton produit dérivé c’est pas de foutage de goule ?
- Investir sur un sous-jacent qu’a pas encore touché le fonds c’est assez moyen comme timing
- frais assez eleve qd meme cf les p 202-203 du prospectus
- Echéance dans 6 mois -30 à 45 jours jrs de notice pour racheter ses parts, tant qu’a etre court termiste, il voudrait mieux le shorter ! On des couilles oui , mais pas toutes dans le meme panîer, euh non attend je confonds là...Demain annonce de la FED tout le monde table sur -100 bps, si j’achète ton produit je perd combien en une journée ? 4. a part ca l’article etait bien, mais j’aime encore mieux la BD
Pikachu - 17 mars 2008, 22:15

Bien vu l’attaque éclaire Pikachu. Le tracker proposer dans l’article est une daube. Ce produit là illustre mieux ce que je voulais dire. Mais attention, UBS c’est des voleurs !

Sinon pour taux fixe VS taux variable, je maintiens mon point de vue. Même si tu peux payer plus cher avec un taux fixe, tu sais ce que tu payes et tu n’as pas de mauvaise surprise. Par ailleurs je te rappelle qu’à la fin des années 70, avec une inflation de maboule, les taux sont montés à 15%. Donc on a de la marge à la hausse encore, d’autant qu’une forte inflation est un scénario tout à fait probable dans un future proche.

Je tacherai de faire une BD prochainement

Attila - 18 mars 2008, 21:23

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