réveil Popovitch blog bd show
12 avril,15h52

Postman

Kevin Costner et Tintin même combat

Tiens en parlant de héros, je viens de voir Postman avec Kevin Costner. Même que c’est un putain de bon film... Non je rigole... Postman n’est pas si terrible, même si ça m’évoque des trucs sur le thème du héros et qu’il possède quelques qualités.

Ça m’a fait réfléchir après la fin en repensant à tout ce que vit le Facteur dans ce film, à ce qu’on appelle vraiment un "héros", et à ce qui le définit. Même si Kevin Costner rétablit la démocratie dans un monde post-apocalyptique, et ce après avoir redonné l’espoir à quelques dizaines de ruraux dépressifs tyrannisés par un frustré ex-vendeur de photocopieuses qui a monté sa propre armée maison on ne sait comment - mais on bon on s’en fout, c’est post-apoc’, d’un point de vue terre-à-terre ce monsieur n’a pas un comportement digne d’un héros tel que mon imaginaire tout du moins me le laisse entendre, et faites pas les malins vous valez pas mieux que moi, on est tous logés à la même enseigne.

Au début du film, ce mec s’échappe du camp de Mister Photocopieuse comme un couard, poignarde un zouave illuminé et profite du sacrifice d’un black repenti pour sauver sa peau... L’attitude de ce que j’appellerai - et vous aussi, pas de salades - un mec normal. D’ailleurs j’ai bien aimé ces scènes-là, elles m’ont permis de m’attacher au personnage, pas de sentimentalisme à la con, pas de sauvagerie non plus, juste un mec avec des valeurs qui lutte pour s’en sortir, de ce point de vue c’est bien crédible, et on a pas affaire à un Jack Bauer genre je torture trois musulmans au p’tit déj’, moi ça m’aide à m’attacher au personnage, pas vous ? C’est mon côté idéaliste-pacifiste-super Ghandi.

Après cet interlude mouvementé, Kevin se réfugie dans une carcasse de voiture et vole un uniforme de facteur à un squelette pour se réchauffer. Ca va lui donner l’inspiration pour le mito qui va lancer l’histoire : dans le village où il arrive, pour obtenir la permission d’entrer, il se fait passer pour le facteur... Super crédible, dans une non-république super-bananière dictaturée par un ex-photocopieur... Mais il porte avec lui les vrais lettres que feu-squelette allait apporter aux villageois quelques décennies plus tôt, ce qui apporte un parfum d’authenticité qui lui sied bien. Finalement il est accueilli, nourri et distribue les lettres sur la place du village, ce qui ne manque pas de rallumer les espoir de ces gueux vivotant ; une auréole se forme donc au-dessus de la tête de Kevin Costner, rapidement adûlé par les paysans comme un certain J-C.

Au fond je pense que le mensonge reflettait sa volonté pour le monde. Il est différent des autres, parcequ’il a connu l’ancien temps, l’époque révolue où le monde tournait encore bien rond. Il le fait perdurer à sa manière en montant des pièces de Shakespeare dans les villes qu’il traverse, éveillant la population soumise à l’Art et aux histoires. Il est très solitaire aussi, voyage seul. En ce sens, on peut le considérer comme un artiste, non ? Et son mensonge, celui d’un service postal fondé par les Nouveaux Etats-Unis réunis d’Amérique, est certainement un peu de son utopie, qu’il livre comme il peut, qu’il exprime de la manière qui lui est accessible et s’adaptant à ses nécessités (là il avait besoin de manger et d’entrer dans la ville donc). Ensuite il monte une agence de facteurs et ils commencent à parcourir le pays et en rétablissant la communication entre les hommes, leur redonne le goût de vivre.

Parmi les qualités du film, je retiens durant ces deux premières heures l’illustration d’une société soumise tyrannisée par une minorité brutale et dictatoriale, dont l’espoir va être réveillé par un être dont le comportement n’obéit pas aux mêmes règles et qui aime raconter des histoires. Cette histoire d’espoir renaissant ça peut paraître con pour les plus cyniques d’entre mes lecteurs, mais en fait non, ça n’a rien de débile. N’oublions pas que l’on parle de paysans no-future, qui n’osent pas sortir de leur hameau et dont les relents artistiques et expressifs sont systématiquement réfrénés, aplatis, annihilés (pardon je ne trouve pas le bon mot, aidez-moi dans les coms s’il vous plaît) par une milice aux accents hitlériens.

Donc je résume, pour cette première partie du film, on a un récit d’aventure dans un monde futuriste plutôt sympa, qui certes ne brille pas par sa mise en scène mais qui est correctement raconté - la durée joue en sa faveur. Après la troisième heure, quand l’action comence vraiment, c’est là que ça coince. Le récit devient un peu n’importe quoi, c’est difficile de reconnaître par moments les personnages auxquels on s’est attaché depuis le début, et on alterne massacres, actes barbares, prises de décisions floues et formation d’une gigantesque armée en une ellipse étonnante, tout cela très rapidement et sans approfondir aucun truc. Ca m’a un peu gêné quand Kevin dit à sa copine : "Je t’emmène avec moi, tu portes mon enfant et je veux qu’il naisse dans un pays libre", ou un truc dans le style. Ben merde la femme est une adulte, elle fait ce qu’elle veut quoi. genre là le facteur se la joue gros macho tu fais ce que je te dis et ta gueule, mouais j’ai pas trop aimé (la femme ferme sa gueule en plus). C’est mon côté un peu féministe.

Et à la fin, on se retrouve trente ans plus tard, où la fille de Kevin Costner inaugure un monument en la gloire de son père, qui a ramené l’espoir en créant une communauté de facteurs et en mettant un terme à la tyrannie des photocopieuses. Tout est bien qui est finit bien, pas à la pisse, le monde est redevenu normal comme avant et tourne super bien.

La chanson du générique de fin m’a donné un paysage sonore propice à la réflexion et alimenta la furie du débat intérieur qui s’agitait en moi. Kevin Costner n’avait pas grand chose d’un héros tout au long du film, au sens noble, au sens forcément super gentil etc (à la fin il impose même sa vision à coup de poing, c’est dire)(même moi je le ferai pas)(c’est mon côté super Gandhi). Cependant, il a une vision du monde qu’il exprime et qui semble-t-il est bonne pour les populations, et a le courage d’en assumer les conséquences. L’Histoire se rappellera de lui comme d’un héros, malgré ses imperfections dont nous spectateurs avons connaissance. Qu’en pensez-vous ? Qu’est-ce que ça vous évoque tout ça ?

Pour revenir au film, c’est pas un chef d’oeuvre, et je serai même pas sympa avec lui comme avec Rocky qui était plus sympathique (idéologie parfois douteuse dans Postman). Postman n’est pas génial, mais il raconte une histoire ambitieuse dans son ensemble, univers nouveau à la clé, ce qui est rare, et est assez convainquant dans sa première moitié. N’en attendez pas beaucoup, mais moi j’aime l’aventure et les voyages, donc j’ai été quelque peu rassasié, et les grandes épopées comme ça avec un héros sont quasi-inexistantes à notre époque de cyniques citadins.

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Pedrof


Ce qui serait intéressant c’est de lire le livre sur lequel se base le film, a mon avis il doit être plus cohérent.
banux - 14 avril 2008, 15:43
pour la petite anecdote, david brin, l’auteur du roman original est aussi l’auteur du scénario du jeu Ecco the dolphin, sur dreamcast et ps2. une histoire sf avec des dauphins intelligents gardiens de la terre pendant que les hommes colonisent l’espace...
Pedrof - 14 avril 2008, 17:29

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