Ces héros, révolutionnaires, résistants, génies, artistes qui malgré la poussière et l’érosion sont restés les icônes brillantes et intactes de notre mémoire collective, méritent honneurs et médailles. Il est donc tout naturel qu’on célèbrat avec faste leur centenaire.
Je parle bien sur du célèbre Milou et de son fidèle Tintin. Petits, ces deux là étaient déjà grands. Vieux, ils restaient jeunes. Bellâtre blondinet, pelage blanc immaculé, houpette rebelle ou oeil vif made in pédigrépal, ils resteront à jamais là, calés entre Che Guevara et Zinedine Zidane. Que n’aurais-je donné pour moi aussi botter le cul d’un terrifiant soviet léniniste. Abuser de la crédulité d’un indécrotable sauvage des Andes. Ou encore profiter de la gentillesse de ces bawnas du congo, si affectueux mais si noirs. Et cela, toujours avec le même entrain, la même jeunesse et le même ébahissement.
Mais la balance cosmique faisant si bien les choses, il se trouve qu’il est aussi des chiens comme des hommes, qui vieillissent et qui, par le force des choses, meurent. Hergé fait parti de ceux-là. Et si son Tintin lui a survécu, c’est uniquement pour une retraite "journalistique" qui durera le temps d’une retraite de super-héros. Autrement dit Tintin est à la BD ce que Columbo est à la série tv. Et c’est un déchirement que de ne le voir aujourd’hui déjouer d’affreux attentats d’affreux terroristes d’Al Quaeda. C’est donc avec tristesse que je fête le centenaire de Tintin, cet éternel petit occidental si supérieur et si impressionant, tellement représentatif de cette élite que nous sommes. Et honnêtement, c’est avec scepticisme que j’ai accueilli l’idée d’adapter les aventures du célèbre personnage au cinéma sous la houlette des non moins célèbres Peter Jackson et Steven Spielberg. Mais après réflexion, il convient d’admettre que cette adaptation sous forme d’images de synthèse dernier cri, ne pouvait pas mieux coller à l’image de tintin. En effet, quoi de plus lisse qu’une image de synthèse si ce n’est tintin lui même. Quoi de plus transparent qu’un film sans grain si ce ne sont les cases d’une BD de tintin ?
A l’heure ou la repentance n’est plus de mise, à l’heure où nous pouvons nous targuer d’être une Nation exemplaire et irréprochable, à l’heure d’imposer notre vision du monde aux plus faibles, ces films de Tintin tombent à point nommé.
Et si toutefois le succès de ces adaptations devait rester mitigé (ce qui reste au demeurant fort probable pour ce genre de film d’animation), toute l’Aura du Grand Tintin rayonnera quand même dans le monde entier, à travers ce vibrant hommage que nous livre le génialissime Joann Sfar, que je ne peux m’empêcher de vous faire partager ici même :

Je crois que je n’ai pas compris le texte, en lisant la réaction de jojo. Tu es en train d’honorer Tintin, ou de le critiquer ? Il y a un ton ironique dans ton texte, on dirait que tu casses tintin, représentant de notre sentiment de supériorité vis-à-vis des autres civilisations. C’est pour ça que le message de jojo me surprend, à moins qu’il soit lui aussi ironique.
Perso je suis quand même vraiment fan de Tintin. L’autre jour je réécoutais le generique du dessin animé, j’en avais des frissons.