Mon cerveau ? C’est mon second organe préféré.

Woody Allen

mouton.rebelle

Les trois black wall-e au sommet des dieux

Pour me faire pardonner de cette période de disette sur mouton, et par souci écologique, je vous propose non pas une, non pas deux, non pas trois, mais bien quatre critiques réunies en un article exceptionnel (et oui, c’est le premier depuis deux mois, ça le rend quand même un minimum exceptionnel). Un petit essai comparatif entre Wall-e et Les trois brigands, et Black Ops et Le sommet des dieux.

Wall-eeeeeeeeee contre Les Trois Brigands

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Il est mignon quand même

Je ne suis pas très friand des productions Pixar, mais la bande annonce de Wall-e avait fait vibrer la fibre geek qui sommeille (pas trop) en moi. L’idée d’un robot abandonné par ses créateurs, livré à lui même sur une planète transformée en une immense décharge, est assez géniale. Un autre point qui m’avait attiré était le principe d’un film muet, ou presque, exercice périlleux et intéressant. Bref, j’avais bien envie de voir si ce film tenait toutes ses promesses.

J’aurais bien fait durer le suspense plus longtemps, mais voilà, j’ai encore beaucoup de chose à dire... Wall-e est décevant. Les gags fonctionnent mais sont peu originaux et un poil lourds, transformant notre héros en un genre de Benny Hill robotique (et adorable). L’intrigue est sympathique, avec une vision sombre de l’évolution humaine (un peu à la Idiocracy, que je vous recommande) ; j’ai trouvé ça presque courageux pour un film aussi grand public. Mais voilà, on a droit à une histoire d’amour pathétique entre deux robots, qui prend énormément de place et vient un peu gâcher tout ça, comme si il fallait prendre garde de ne pas perdre le spectateur dans des considérations trop complexes. Dans cette même optique, les robotos sont très "humanisés" dans leur comportement, alors qu’il y avait je pense matière à faire beaucoup plus original.

Enfin, la réalisation, Pixar oblige, est très soignée ; les images de synthèses sont toujours aussi maitrisées, et la patte du studio se reconnait à des kilomètres. Et justement, je trouve que c’est lassant, un peu fade, un peu vide...
Et ça me permet d’enchainer en toute subtilité sur un autre film d’animation, sorti fin 2007, que tout ou presque oppose à Wall-e : Les trois brigands. Dessin animé allemand insipiré d’un conte pour enfant de Tomi Ungerer, ce film raconte l’histoire de Tiffany, jeune orpheline qui se retrouve par inadvertance à partager le vie de trois redoutables bandits. Wall-e a coûté 120 millions de dollars, Les trois brigands 3.5 millions d’euros. Et comme souvent, le film le plus cher est loin d’être le meilleur. Le dessin (fidèle à l’œuvre originale si j’en crois mon indic) est d’une richesse étonnante. Chaque scène regorge de petits détails cocasses ; chaque plan regorge de couleurs et une ambiance très particulière se dégage de l’ensemble. Je serais bien incapable de vous parler de la bande son du film au petit robot, vu qu’elle ne m’a laissé aucun souvenir ; au contraire, les musiques et les chansons composées pour Les Trois Brigands sont formidables et collent admirablement à l’atmosphère du film.

Bien sûr tout n’est pas parfait ; l’histoire est un peu convenue, les bandits méchants mais au grand coeur, la directrice de l’orphelinat très caricaturale, et l’absence de "fond" ; j’avais au départ envie de comparer Wall-e à Totoro, les deux films ont plus de similitudes, et les film de Myazaki réussissent en général à faire passer subtilement un message qui nous touche tous. Mais le dessin animé de Tomy Ungerer a le mérite d’innover graphiquement, et de prouver que les occidentaux peuvent toujours faire de beaux films pour enfants. Là où Wall-e essaie de faire un film pour tout public qui au final s’avère être une soupe sympathique, Les Trois Brigands n’ambitionne qu’à être un joli conte pour enfants, qui au final devrait plaire à tous. Et qui bien sûr ne rencontrera jamais le succès de la super production us.

Black Ops contre Le Sommet Des Dieux

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Black Ops est une bande dessinée française, Le Sommet des Dieux un manga, et il s’agit de deux œuvres que je n’aurais jamais lu de moi même. Ci-dessus je faisais un peu un procès d’intention à Wall-e ; ici, je vais plus essayer de vous expliquer pourquoi je suis convaincu que les asiatiques ont un format nettement plus adapté pour raconter des histoires en image.

On m’a offert Black Ops pour mon anniversaire (ça commence à dater, plus besoin de me le souhaiter bon, merci). L’auteur y traite d’espionnage, et plus particulièrement de comment la CIA a financé la mafia russe à l’époque de la guerre froide pour déséquilibrer l’URSS. Les derniers tomes embrayent sur les conséquences à notre époque, et l’histoire n’est pas terminée.
Le sujet est passionnant. Le trait et la couleur sont propres, même si je ne suis pas fan. Les problèmes ? La forme, très académique, entraine une naration lourde et peu prenante. J’ai un peu l’impression que la bande dessinée occidentale s’est figée depuis Tintin, et que rien ne change... (je parle de la bd d’aventure, à histoire, car dans d’autres domaines les talents ne manquent pas — je ne crois pas que les japonnais puissent faire une bd comme "Le Combat Ordinaire" par exemple). A ce premier problème vient s’ajouter celui du format, inhérent à toute la production "à la belge" : 60 pages par tome, car le rythme de dessin et les couts pour sortir une bd en couleur rendent impossible de faire plus long. Or 60 pages pour présenter de nombreux personnages et leur relation, mettre en place une intrigue et faire évoluer une enquête, c’est très peu. On se retrouve donc avec des situations qui s’enchainent trop vite, des personnages dont la personnalité n’a pas pu être assez travaillée, et des émotions qui n’ont pas l’impact qu’elles devraient avoir.

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Le Sommet des Dieux traite au contraire d’un thème qui au premier abord ne m’intéresse pas : l’alpinisme, et l’historique de la conquête de l’Evrest. Mais voilà, un ami mordu de rando a tenté, a aimé, et m’a fait découvrir ce petit bijou. L’auteur nous raconte l’histoire de Fukamachi, photographe outdoor, qui décide de prolonger un peu son séjour au Népal après une expédition avortée. Au hasard de ses pérégrinations, il fait deux découvertes qui vont l’obséder :

  • il trouve un vieil appareil photo, qui pourrait avoir appartenu à Mallory, un anglais ayant disparu en 1924 lors d’une tentative de conquête du sommet. Le film contenu dans cet appareil pourrait permettre de déterminer si oui ou non Mallory avait été le premier à conquérir l’Evrest.
  • il croise Habu, un des alpinistes japonnais les plus talentueux de sa génération, qui avait disparu du milieu il y a une dizaine d’années, et qui semble toujours en activité...

Nous suivons l’enquête de Fukamachi, qui se plonge dans les livres, et dans le passé d’Habu, allant voir ses anciennes connaissances. L’histoire occupe 5 tomes de 300 pages, ce qui répond aux critiques que je formulais plus haut à l’encontre de Black Ops : l’auteur prend le temps de poser ses personnages, on apprend à les connaitre au fil des pages, et plus on avance plus ils gagnent en épaisseur et plus on est captivé par leur destin. Le format permet aussi une mise en page plus libre, les illustrations pleine page sont fréquentes et permettent de donner du poids à certaines situations. Enfin l’auteur est visiblement passionné par son sujet et très bien documenté, c’est un plaisir de découvrir l’histoire de l’alpinisme et de ressentir la démesure de ces "héros". Je ne sais pas vous mais personnellement je m’étais rarement posé la question de ce que représentait la conquête d’un sommet de plus de 8000m, de comment ça s’organisait, et du peu de matériel dont disposaient les pionniers du genre.

Sur ce, bon visionnage / bonne lecture, et vive les licornes !

par jojo le 30/09 à 22h55

Wall-e est mort né sous le poids de la dichotomie Disneyenne : faire un film intelligent avec un fond et un discours tout en s’assurant que la première amibe venue comprenne et en s’assurant aussi que l’ensemble des éléments nécessaires à un public de moins de 4 ans soit présent. D’ou un film qui croule sous les références cinématographiques (le début en particulier, toute la partie "muette" suinte de partout les "hommages", s’en est même dégueulasse à ce point, ca colle de partout),qui cherche à développer un thème tout à la fois dans l’air du temps mercantile (a quand un film ciglé Max Haavelaar que les bobos puissent se palucher au ciné ?) et subversif (pour un Disney), mais qui au final nous ressort Adam et Eve à boulons (ho regardez, c est beau et triste a la fois : l’humanité et l’émotion des comportements ne se trouve plus que chez ces 2 adorables robots... c est beau, mais c est triste parce que ca veut dire que l homme a oublié tout ca..... blablabla) sur fond de prise de conscience à 2 balles et de solution à encore moins (il faut bien 5 minutes pour que les gros hommes qui vivent sur la station changent de mode de vie, sans souci, et finissent par décider de retourner sur terre....... on notera que jamais la question de comment de gros cons meme plus habitués a marcher depuis des décennies peuvent survivre sur une planète dévastée ou tout reste à faire n est abordée... on est plus dans l’optimisme béat, on est dans la candeur niaise... a moins que ce ne soit du foutage de gueule, du second degré total auquel cas je dois avouer que je me suis fait prendre à fond et je m’incline modestement).

Durant la séance, tout du long, avec ma douce on s est fait la meme réflexion : "non mais quelle merde.... et puis ils aiment bien se toucher la bite quand meme hein... je suis sur que les critiques vont trouver ca d’une poésie et d une magie sans borne". Ca a pas manqué.... Ce film est un escroquerie. Pire, Wall-e est un snobfog.

Schuss - 1er octobre 2008, 09:08

merci schuss, ça me rassures de ne pas être seul :)

jojo - 1er octobre 2008, 10:01

ouah, les trois brigands de quand j’étais petit avec des images qui bougent et une bande originale... J’ai vraiment raté des trucs merveilleux pendant mon année sabbatique.

Pour ce qui est du sommet des dieux cette bd a d’abord été publiée en feuilletons dans un journal. On peut le remarquer dans les rebondissements du scénario qui sont parfois un peu lourds dans une lecture complète. Du coup le format serait plus à comparer avec des intégrales. D’ailleurs tintin c’était pas du 48 pages ? Par contre la référence au combat ordinaire me plaît beaucoup, c’est cet album qui m’a fait dire que Larcenet dessinait très bien les silences, et justement un autre auteur qui a cette qualité c’est Taniguchi. Je te conseille quartier lointain si tu ne connais pas, mais il y en a plein d’autres comme le journal de mon père, l’orme du caucase, l’homme qui marche, le gourmet solitaire... Attention, à tous les lire à la suite le style s’essouffle un peu et la simplicité lasse.

tGomas - 1er octobre 2008, 18:28

Merci pour les précisions, je ne savais pas. En fait Le Sommet des dieux est l’adaptation d’un roman japonnais, et c’est justement Taniguchi qui s’en est chargé. J’ai hâte de lire Quartier lointain (prix du scénario à Angoulème).

jojo - 2 octobre 2008, 09:07

Wall-E : le publique visé est tout le monde, donc je me sens pas concerné. Black ops : je me suis laissé avoir, pas seduit de prime abord, jojo qui cache ça dans son placard, le filant sous le manteau à d’autres potes, et oui sachant à quel point je suis difficile à combler, il n’essaie même plus, j’ai donc réclamer et au final plutot agréablement surpris, même si je rejoins largement les critique de l’ami laineux sur le classisisme du format qui mettent pas en valeur l’histoire. Le Sommet Des Dieux : j’avais eu de très bon echoes au moment de ça sortit, du coups plus tard j’avais pris au temps de botchan toujours de Jirō Taniguchi, pour être particulièrement déçu, trop brouillon pour moi. Ce WE, j’ai attaqué le premier tome du sommet des dieux et j’ai bien apprécié, donc j’attends la suite :)

fab - 7 octobre 2008, 18:38

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