J’ai finalement vu Rock Balboa hier soir. Pas que je sois un fan incontesté de Sly et de son oeuvre (je n’en ai vu qu’une petite partie, deux Rambo, un ou deux Rocky et Copland), mais le personnage m’est sympathique. Après avoir lu des interviews, eu l’occasion de découvrir sa mise en scène et ce qu’il avait à dire, ses talents d’acteur également dans Copland, qui le démontrent capable d’aborder un autre registre, j’aime bien Sly, disons que j’ai un bon apriori. Qui plus est avec sa volonté toute récente de faire revenir sur le devant de la scène des personnages has-been s’étant perdu dans des suites qu’on dit sans saveur, dans un exercice leur redonnant leur identité et concluant avec brio leur légende, de personnages de fiction méritants. Rocky est de ceux-là.
Rocky Balboa est un beau personnage de cinéma - un personnage complexe. D’apparence, il peut faire peur : sa carrure, sa gestuelle, son goût pour les postures agressives sur les photos, perso j’aurais pas trop confiance (je flipperais un peu quoi O_O) ; pourtant, c’est un homme qui ne ferait de mal à personne en dehors du ring (à moins bien sûr de le provoquer), car c’est un homme qui se respecte lui-même.
C’est d’ailleurs là que se trouve la beauté de son personnage, et Stallone a fait fort dans la composition, année après année, du boxeur italien : on peut sentir que Rocky a pris des coups dans la vie, qu’il a du traversé moults épreuves et que la vie a pu être rude avec lui, mais qu’il n’a finalement pas perdu ce respect de lui-même, cette force de ne pas se résoudre à accepter des états de fait, des situations qu’il ressent au fond de lui comme dégradante, pour lui comme pour ses proches. Ça va plus loin que la loi du Talion, disons que ce n’est pas la loi du Talion, c’est plus général.
Quand il est avec Marie, une ex-jeune fille qu’il avait dragué sans succès des années auparavant, que celle-ci se fait insulter dans une bande d’abrutis et qu’elle se résoud à ne rien répondre, à prendre pour elle "C’est rien Rocky, ne t’en fais pas", "Non, non c’est pas rien petite Marie". Et Rocky ressort de la voiture pour aller les intimider et demander des excuses.
Bien sûr, le personnage paraît naïf. Et certains peuvent dire que l’on est plus ou moins sensibles aux attaques des autres, aux interactions avec les autres en général ; certains peuvent laisser passer des humiliations par exemple sans que ça porte une atteinte à leur moral et à leur respect d’eux-mêmes (bien que ça me surprendrait quand même un petit peu, à moins vraiment d’être bien accompli - comme Rocky dans le film à peu près, bien qu’il continue de répondre quand ça lui plaît pas, disons qu’il a acquis une bonne confiance en soi avec les années, il va plus répondre à de la merde, voilà) ; mais Rocky fait partie de ces personnes sensibles, pour qui l’interaction avec autrui représente quelque chose, qu’un mot difficile peut blesser et que les conseils d’une amie peuvent apaiser.
Et la force de Rocky, c’est bien de n’avoir jamais baissé les bras, d’avoir au final survécu à tous les pièges et les attaques de la vie (et des autres), en gardant ce respect de soi, cet espoir, même quand on est au plus mal, cette force, cette rage de dire qu’on mérite quelque chose de mieux. C’est ce qu’il essaye d’inculquer à son fils, qui aborde sa vie avec passivité, soumis à son travail, soumis à son boss, qui peine à trouver sa personnalité et qui, frustré, désigne son père et sa gloire passée en responsables.
Une autre chose que j’admire chez ce personnage, c’est comment il est à la fois extrêmement porté par ses convictions personnelles et ses projets intimes, et immensément ouvert aux autres. Ce qui pourrait passer comme de l’égoïsme chez un autre (les grandes passions mènent souvent à l’autisme ou au repli sur soi) lui donne de la force et de l’amour dans son interaction avec les autres et lui permet au contraire d’aborder ses derniers avec une grande ouverture. Je kiffe vraiment, quelle classe !
Je pourrais parler aussi du débat soulevé dans une certaine scène, "jusqu’à quel point doit-on écouter la volonté des autres dans leur propre intérêt ?", mais ce serait un peu s’écarter du sujet alors je le garde pour une autre fois.
La mise en scène de Sly est efficace, même si le montage des scènes de dialogue mélancoliques de la première partie gagnerait à être moins haché comme des scènes de gunfight, à part ça le pathos est présent mais raisonnable, et le tout est convaincant, les fils ne sont pas clichés, l’adversaire de Rocky n’est pas le "grand méchant jeune Noir arriviste" (quoique). Le film n’aspire pas à être un chef d’oeuvre, mais réussit dans son projet d’écrire le dernier tour de piste d’un grand personnage, composé avec talent par un Sylvester Stallone, qui l’aura habité durant plusieurs décennies avec une égale générosité.
2En lisant ça j’ai eu envie de le prendre au deuxième degré : une envolée lyrique sur un énorme navet, des affirmations tellement énormes qu’on ne veut pas vraiment y croire ("les fils ne sont pas clichés"). Puis je me suis souvenu que c’était du Pedrof...
J’ai vraiment adoré l’affiche du film ; comme celle de John Rambo, elle a vraiment la classe. Le reste est au mieux involontairement drôle, plus probablement pathétique.