réveil Popovitch blog bd show
24 octobre 2007,12h23

La Terreur de l’Erreur …

The Eternal Sunshine of the Spotless mind.

J’ai longtemps réfléchi à ce qui m’inspirait ou m’avait inspiré de la terreur… C’est un mot très fort, qui signifie « jeter dans l’effroi ». La tentation de glisser dans l’anti-capitalo-sarko-socialocaviardo-facho-macho & Co était grande… mais trop facile. Alors je me suis souvenue qu’un film avait engendré en moi une terreur profonde et réelle : The Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry.

Un rappel du synopsis d’abord, au cas où… Joe et Clémentine vivent une magnifique histoire d’amour dont la dernière va se lasser. Elle a donc recours au procédé Lacuna inventé par un scientifique et qui consiste à extraire de la mémoire des personnes concernées tout souvenir les rattachant l’une à l’autre. L’entourage en est officiellement averti et participe donc, dans une écoeurante collusion, à ce rapt de la mémoire…

Pourquoi donc ai-je été si effrayée par ce film ? Il n’a rien de gore ! c’est un film magnifique dans lequel Jim Carrey est absolument époustouflant. Je pense que c’est parce que pour moi, terreur ne rime pas horreur mais avec erreur. Nous avons tous peur de faire des erreurs et nous les commettons inévitablement : c’est notre humaine condition. Mais je trouve terrifiant de vouloir les oublier, d’être dans le déni total, ce que propose le procédé Lacuna…Je t’oublie, tu m’oublies, personne ne souffre…Une mémoire vierge s’offre à nous : the spotless mind.

C’est bien évidemment là que serait l’erreur : de vouloir effacer toutes les fois où nous avons trébuché, toutes celles où nous nous sommes fait avoir parce qu’on y a cru, plus celles où nous avons nous-mêmes fait souffrir. Je ne veux pas renier mes erreurs, et pourtant j’en ai fait, je les cumule je pense. Mais elles font partie de moi, elles me détruisent sur le moment et c’est vrai que c’est parfois si douloureux, comme la rupture, qu’on voudrait pouvoir s’endormir le temps de l’oubli. Certains le font très bien d’ailleurs, qui avalent une autre forme du procédé Lacuna : les anti-dépresseurs et autres anxiolitiques. Je ne jette pas la pierre, on fait tous comme on peut surtout. Mais je refuse d’avoir à passer au Karchër un pan de ma vie qui ne m’aurait pas satisfait. Ca peut valoir le coup d’endurer les blessures de la chute si après on parvient à se souvenir de l’envol…

Pourquoi Clémentine veut-elle effacer Joe de sa mémoire ? Parce que ce n’était pas le prince charmant mais un simple crapaud ? Et si un tel procédé existait à titre individuel, imaginons ce même procédé sur la mémoire collective. Là, j’espère que la terreur vous saisit…Oublier les erreurs de l’histoire c’est s’apprêter à les recommencer. Imaginons que l’on efface de la mémoire collective la seconde guerre mondiale, sous prétexte que c’est trop douloureux et la preuve de notre inhumanité ? Alors un jour, un homme pourrait se présenter à nous, prôner la préférence nationale, l’existence de sous-races et à l’inverse nier la Shoah ou n’en faire qu’un détail de l’histoire…Ha mais suis-je bête…Cet homme existe, c’est un borgne que des millions d’aveugles français ont voulu comme roi en 2002 ! Mais alors, à quoi sert ce fameux procédé Lacuna puisque nous avons en nous cette propension à vider notre esprit de ce qui nous gêne ? C’est déjà suffisamment terrifiant comme ça, n’inventons rien qui puisse nous rendre encore plus performants en ce domaine !

Ha décidément, quelle terreur continue à me poursuivre à la pensée de ce film ! Il est de ceux qui vous hantent longtemps, toujours… Je ne veux décidément rien oublier de mes erreurs et rester en permanence dans le souvenir de ce film. J’ai déjà croisé le chemin de gens qui eux m’avaient effacée et ne se souvenaient même plus avoir croisé le mien un jour, parce que c’était tellement plus facile ainsi. Moi je veux me souvenir de tout, de tous…pour ne pas être victime d’une autre de mes terreurs : me retrouver seule face à moi-même et m’en sentir gênée. Pour ce faire : une seule solution…tout assumer.

Là, j’écoute les Pixies :
"With your feet in the air and your head on the ground
Try this trick and spin it, yeah
Your head will collapse
But there’s nothing in it
And you’ll ask yourself

Where is my mind ?"
Moi , j’essaie toujours de savoir où est mon esprit et à l’occasion, d’en avoir :)
C’est déjà pas mal !

6

Anna Coluthe


La Terreur de l’Erreur …

chouette réflexion, ça me fait un brin penser a lain et a ses réflexions sur la mémoire... si personne ne s’en souvient c’est que ça ne s’est jamais produit.

Mais peut être que tu a plus peur d’être oubliée que d’oublier ? qu’est ce que ce serait terrible d’être soi même dans la tète de personne.

- 24 octobre 2007, 13:16

Etre soi-même dans la tête de quelqu’un d’autre... je m’étire, je me projette sans cesse vers cet idéal mais c’est un but impossible. Il est déjà si difficile d’être soi-même dans sa propre cervelle...

D’un autre côté, ça serait terrifiant d’être entièrement connue de quelqu’un. Etre complètement nue et sans sa carapace de mensonges, d’apparences et d’illusions... Terrifiant, terrorisant.... "terrorifiant" !

Anne Honyme - 24 octobre 2007, 15:59

Mais être soi-même qu’est ce que quoi c’est ? Est ce qu’il y a véritable soi même... Pourquoi ne serait ce pas normal d’avoir autant de soi-mêmes différents dans la tête de chaque autre ? Qui essaye de nous faire croire qu’on devrait être le même en présence de chacun ? Ce me terrorifirait.

Je suis napoléon dans la tête de gerard et stalone dans la tête de raymonde, tant qu’il y a pas mensonges ça me va très bien. Quand a savoir laquelle de toutes ses personnalités est la bonne...

zani - 24 octobre 2007, 16:38
Etre à la fois unique et multiple, ne jamais être entièrement connue ni complètement oubliée...oui, peut-être. Je serai peut-être capable de répondre à cette question quand je saurai qui je suis. En même temps nous sommes ce qu’il y a de plus instable et d’inconstant, et c’est heureux ! J’ai peur d’oublier si cet oubli me perd. Si j’ai peur d’être oubliée ? ben on existe souvent au travers des autres ! Peut-être pas de la façon qu’on voudrait, mais on veut tous exister.
anna coluthe - 24 octobre 2007, 21:29
La perte de la mémoire, je l’apparente personnellement à la mort. Avec la mémoire qui s’en va, ce sont aussi les souvenirs, les idéaux, l’expérience d’une personne qui s’en va... ce qui se rapproche d’une mort. Dans la saison 4 des 4400, le père d’Isabelle la fait redevenir enfant, et personnellement ça m’a choqué, parce qu’au fil de son rajeunissement, Isa perd peu à peu tous ses souvenirs... et c’est une personnalité qui s’éteint et retourne dans le vaste infini. ça me touche beaucoup.
Pedrof - 25 octobre 2007, 17:13
Texte orchestré avec grâce
Belle approche, au passage ce film est superbe, un Jim C. déroutant ! et fabuleux !!!
Un plaisir de voir les différentes facettes de cette acteur !
"Clémentine" est géniale dans son rôle de ptite junky-loveuse !!!! j’adore !!

bref j’en reviens à mes quelques moutons égarés...
l’oublie est tellement qqch de dramatique, comme être oublié par des personnes qu’on aime...
ça sent le vécu de ma triste vie tout ça !!
même après diverses étapes merdiquounettes de ma vie, je ne préfère pas oublier,
même si j’arrive pas à rebondir sur mes erreurs passées.. j’en refais et refais les mêmes...
je devrais peut-être m’oublier d’avantage..
afin de préserver la tranquilité des autres..

en tous cas, je n’oublie pas et oublierai jamais qu’il y a sur cette terre des personnes de grands coeurs et que j’aime !
n’oublions rien ! même si ça peut faire mal, stockons !
ne regrettons pas nos erreurs ! assumons !
mais oubliez moi ! comme ça, ça m’économisera des parts à oublier sur mon être

que faire finalement...
exister pour se faire oublier ?
on m’oublie déjà alors que faire d’exister....
Sacha - 1er novembre 2007, 02:48

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