Je suis une admiratrice absolue de l’œuvre de Bansky dont on trouve les pochoirs sur les murs de la capitale anglaise.
Je considère par ailleurs que le mystère qu’il a créé autour de sa personne, loin de le préserver de quelconques retombées judiciaires, nourrit totalement son œuvre.
Souvent militants, parfois très subversifs, les pochoirs de Bansky nous interpellent, nous invitent à réfléchir sur le monde.
De nationalité britannique, il a commencé ses graffs alors qu’il n’était qu’un ado, sur les murs de Bristol, à une période où les tags connaissaient un succès incroyable. Mais la bombe, c’est pas son truc, d’où l’idée du pochoir. Taguer pour exister, pour se faire maître de la ville en possédant ses murs : c’était ça à l’origine. Puis il est devenu un fervent contestataire du diktat des marques, refusant de travailler pour les plus prestigieuses.
Aujourd’hui âgé de 34 ans, on ignore toujours qui il est réellement. Il est devenu une célébrité, signant la pochette de l’album Think Tank de Blur , ou en s’exposant dans des galeries, mais c’est pour lui un vrai cas de conscience. D’un côté, être exposé c’est faire durer une œuvre que ne sera pas soumise au nettoyage dans les 24 heures, mais en même temps, Bansky est devenu une marque : des pochoirs à son nom sont vendus pour qu’on l’imite, de faux Bansky sont commercialisés... Il ne s’en révolte pas car il a lui-même usé tant de fois de la contrefaçon ! mais la portée de son œuvre s’en trouve quelque peu altérée.
Car Bansky, c’est un style à part entière : de l’humour, de la poésie et de la subversion. Son homologue français pourrait être Blek le Rat, graffeur des années 80, dans lequel Bansky se reconnait totalement, tel un héritier qui s’espère digne.
L’anonymat pour Bansky, c’est un idéal : celui de la revendication, se créer un nom comme les plus grands justiciers, le signer sur les murs de Londres pour réveiller nos consciences .
C’est sans nul doute la clé pour perdurer et Londres est à jamais marquée du sceau de ce graffeur hors-norme. A méditer à l’heure où certains sont prêts à tout pour être médiatisés, pour que leur nom soit connu…
edit de jojo : j’ai honteusement piqué des photos sur flickr :
9Un nom d’artiste, c’est déja ne plus être anonyme. Sur le marché de l’art en tout cas. Bansky gère cet "anonymat" justement pour attiser l’intérêt et la curiosité. Bansky a commencé sa carrière par des coups médiatiques, notamment en exposant de force ses oeuvres dans les plus prestigieux musées. Aujourd’hui les agences immobilières vendent a prix d’or les maisons ou locaux qui ont la chance d’être tagués par lui. Tant que son identité reste inconnu, les medias continuent de s’intéresser à lui.
A contrario, si cet anonymat n’est pas bien géré ou bien mis en scène, l’artiste n’existe pas et donc son oeuvre non plus.
La réussite tient ici en deux mots : bulle spéculative. On parle beaucoup des subprimes et de la bulle immobilière mais on parle peu de celle du marché de l’art (il est vrai que lorsque cette bulle explosera, elle ne concernera que des milliardaires, donc pas de quoi en faire un foin). Car a quoi tient le succès ? La beauté reconnue d’une oeuvre ? Son prix ? La reconnaissance du nom de l’artiste ? Ce n’est pas l’anonymat la clef du succès. Le succès réside dans le phénomène. Dans le contexte actuel un artiste médiatique est un artiste qui vend. Le nom de l’artiste est une référence et c’est assez pour les acheteurs potentiels.
Daniel Richter est un artiste contemporain allemand. Généralement lors de ses expositions, les tableaux sont réservés et vendus avant même le vernissage. Cela veut dire que les acheteurs n’ont même pas vu les oeuvres d’art dont ils ont fait l’acquisition. Cet artiste, dont la célébrité n’est plus à faire, s’est installé l’année dernière devant le centre Pompidou, et proposait sous couvert de l’anonymat, de faire des portraits gratuits. Les portraits en question ne mettaient pas en valeur les modèles et tous ceux qui ne connaissaient pas Richter ont refusé le croquis, même gratuit. Les seuls qui les ont acceptés étaient des connaisseurs, qui savaient quelle valeur pouvait avoir cette esquisse. En bref, l’anonymat, le vrai, celui qui banit toute référence, celui qui ne fait appel qu’à l’aspect critique de l’oeuvre n’est certainement pas la clef du succès.
Bansky est définitivement un grand artiste, doublé d’un excellent communicateur.