It is preferable not to travel with a dead man.
Tout commence par un voyage, un train qui emmène William Blake, jeune comptable de Cleveland jusqu’à Machine, ville à la frontière de l’ouest américain, où un poste lui a été promis. D’entrée, le décalage est évident. Le propret Jhonny Depp tranche avec cet univers sale, décadent et bruyant. Arrivé en ville avec qq jours de retard, il apprend que le poste est déjà pourvu, se réconforte dans les bras de la jolie Thel, est pris dans une fusillade avec l’ex de Thel- accessoirement le fils de son déjà ex-patron et baron de la ville-, le tue, prend une balle, s’enfuit tant bien que mal, est recherché pour meurtre…
… stupid white men…

Jusque là, le film se tient encore, mais ca ne va pas durer. A demi mort, William Blake est trouvé et soigné par Nobody, un indien rejeté par les siens. Dans sa jeunesse, Nobody a été capturé par les anglais et instruit tel un animal de foire. C’est à cette occasion q’il découvre les écrits libertaires et visionnaires de William Blake. Nobody est persuadé d’avoir rencontré le fantôme perdu du poète qu’il doit donc ramener dans le royaumes des morts, là où la séparation de la mer et de la terre disparaît. Le voyage commence…
Some are born for sweet delight…

A partir de là, Dead man n’est plus racontable, ou plutôt le récit des faits devient sans intérêt. Il cesse d’etre un film pour devenir une véritable expérience cinématographique qui ne trouve écho que dans la sensibilité et la subjectivité (d’aucun diront que c’est le début du grand n’importe quoi et d’un auteurisme au mieux acharné, au pire futile). Dead man est un voyage à travers différents mondes. Un voyage sans queue ni tête, opaque, décousu, terriblement charnel. Un voyage mystique et philosophique sur l’appartenance au monde et sur la réalité. Un voyage à travers l’Amérique, brutale et primitive, industrielle, rongée par le vice, le goût du profit et le gaspillage. Les trappeurs tirent sur les bisons comme ils s’exerceraient aux fléchettes, les rôdeurs dégainent leurs jouets métalliques pour ruiner toute diplomatie. La civilisation excelle dans l’infamie et se distingue par une absence notoire de civilité. Aride et gangrenée, l’amour est une impasse. Une Amérique où les exclus, les indiens, vivent en marge comme ils le peuvent. Un voyage qui prend à rebours tous les codes du genre. Ici, point de héros, de bravoure, de morale, de gentils sauvages stéréotypés… Juste le chemin initiatique de 2 hommes vers la mort. En un sens, deux hommes déjà morts, deux fantômes qui s’en retournent vers leur domaine.
... some are born for endless night

Comme souvent, Jarmush utilise le personnage de l’étranger comme révélateur ; celui qui n’appartient pas à un système et est plus à même d’en faire ressortir les failles et les incohérences. Pour le coup, le voyage implique 2 étrangers : Nobody, l’indien exclu et William Blake le réincarné recherché. Il n’y a aucun suspense dans Dead man : la conclusion est déjà donnée dans le titre et dans la phrase d’ouverture d’Henri Michaud. Pas de doute sur la conclusion du voyage de 2 hommes perdus et exclus de leur meute respective. Rejetés par les leurs, les vaincus s’entraident, se disputent, et s’entendent tacitement sur une destinée toute tracée.
And your poetry will be written with blood…

Le propos est mis en image dans un noir et blanc d’une richesse chromatique inouïe et d’une esthétique toujours décalée et émouvante. Johnny Depp est possédé par le personnage de William Blake et fait parfaitement le pendant à la bonhomie fervente de Nobody. Le voyage est rythmé par la poésie de Blake et les accords détachés, lancinants et hypnotiques de Neil Young, par une BO qui respect le montage et ses silences, écrite sur mesure, comme un commentaire du musicien sur le film. La musique comme troisième membre du voyage (le CD de la BO est d’ailleurs livré brut, avec les dialogues et les bruitages, comme pour signifier qu’ils sont inséparables et que la musique- au demeurant magnifique- n’existe et ne trouve sa véritable identité qu’accompagnée de ses compagnons de voyage.
They called me a liar, xcepece, the who talks loud, said nothing ... I’m nobody
Alors voilà, qq bribes d’éléments sur Dead man. Beaucoup trop et beaucoup trop peu à la fois. Il n’est pas de ces films qui se racontent ni qui se regardent d’un œil distrait. On n’en sort pas indemne. Au pire 2h20 détestables, sinon vous m’en serez reconnaissants. Un film Ping, qui envoie une balle et demande au spectateur de faire pong (merci Wille pour ton imagination...). Sans cette sensibilité, ben… ben rien, pas d’autres ping. Un film glaise dans lequel le spectateur doit mettre les doigts sous peine de n’avoir qu’un tas de glaise sous les yeux (blabla Wille). Un bloc de subjectivité livrée à celle du spectateur au mépris de toute convection filmique et de touts sens. Vous voilà prévenus…

[|Oh why was I born with a different face
Why was I not born like the rest of my race
When I look each one starts
When I speak, I offend
Then I’m silent and passive and lose every friend
Improvement make straight roads
But the crooked roads without improvement
Are roads of genius
I went to the Garden of Love
And saw what I had never seen
A chapel was built in the midst
Where I used to play on the green
And the gates of this chapel were shut
And "Thou Shalt Not" writ over the door
So I turned to the Garden Of Love
That so many sweet flowers bore
And I saw it was filled with graves
And tombstones where flowers should be
And priests in black gowns were walking their rounds
And binding with briars, my joys and desires
(The marriage of Heaven and Hell)|]
une belle critique , je dois dire que c’est un sacré travail de schuss parce qu’effectivement dead man étant mystique, difficile d’en faire une critique raisonnée, beaucoup de choses passant par les sens : l’image le son, la poésie... C’est honnête aussi parce qu’on ne trompe pas sur la "marchandise", ceux qui veulent de l’action, une franche rigolade ou un bon support de reflexion devront passer leur chemin, rien de tout ça dans le film : c’est lent, ni drole ni émouvant, aucune thématique dominante aucune justice aucune morale aucune convention (et non convection ;) ) du cinéma n’est respectée.
Je confirme, la B.O est tout aussi envoutante : mélange improbable de guitare métal, poésie et sons à la sauce nature&découverte. De quoi vous plomber une soirée entre amis, mais une bonne occasion de se retrouver avec soi-même détaché du présent, sorte de chant religieux sans religion.
eh eh Dead man c’est un peu mon film fétiche. Faut dire que je suis assez indianiste à la base, et les films avec Depp sont souvent très bons. Sans parler de la BO qui est assez excellente. Au pire, on peut voir ce film comme un clip long métrage.
j’en avais commis une courte critique également...
Merci pour ta chronique tres juste. Encore un film qui passera à la trappe du plus grand nombre. Pourtant, miraculeusement, mon pere, pourtant avide amateur de western tres tres tres classiques, a aimé Dead Man. Je ne peux y voir qu’un signe d’encouragement. Bon courage à Jim JARMUSCH et à tous ces cinéastes indépendants qui font LEURS films.
Amicalement,
Je l’ai vu en V.O, à Sydney, dans la soirée, dans le cinéma d’une gallerie d art, à coté d’un mec qui sentait le cadavre ("Dead man", ca m’ a mit dans l ambience). L’ échos de ce visionage enfle dans mon esprit, minutes apres minutes, heures apres heures, et rien que pour cela, je respecte profondement ce film. La plupart des oeuvres audiovisuelles ont une nette tendence à s effacer de votre esprit proportionelement au temps qui passe, et bien pas de cela ici. La sensation que laisse cette oeuvre reste en vous et s hypertrophie, jusqu a vous obséder. La derniere fois qu un film m’ a marqué à retardement comme cela, que le gros de l impact a eu lieu apres la fin de la sequence, c etait le dernier Burton avec le meme Depp au générique. Bref, Dead man ne sera peut etre pas mon "film de chevet" (la concurence est rude), mais j en garderai un souvenir imperissable qui, j en suis sur, se renforcera par un deuxieme visionnage, d’ici quelques mois. Le film est effectivement impossible à décrire, à résumer, à chroniquer, l histoire n’ a aucune importance, le scenario est un prétexte, tout ce qu’il y a a faire, c est d ouvrir son ame, deconnecter sa rationalité, et laisser l oeuvre entrer en vous, remuer votre spiritualité. Pour les chanceux d entre vous qui ont un cerveau, vous sombrerez dans un gouffre de poesie ; pour les malheureux élevés au Michael Bay, vous sombrerez dans un gouffre d ennui.
Mention spécial au plan de la fuite de Blake, suite à la premiere fusillade, camera au ras du sol, roses de papiers étalée par terre, et celui où il est allongé aux cotés du faon mort, regardant le ciel... Si ca c est pas de la pure beauté...
Enfin, je tiens à ajouter que par certains aspects, j ai trouvé l oeuvre tres drole, contrairement à la plupart des gens ayant donné leur avis ici. Nobody est drolissime à souhait, dans plusieures scenes (notement celle où il se fait surprendre en plein coit par Blake : "you interupted a pure moment of romantism"), les trois tueurs le sont tout autant dans leurs relation et leurs personnalités exubérantes, la scene chez l armurier (notement quand il demande un autographe à Blake), etc...
Donc en gros, on aime ce film pour les meme raisons que l on préfere Nick Drake à Enrique Iglesias.
J avais sans doute oublié de mentionner l humour décalé de ce film en effet, et qui contribue fortement a la mise en place de l’ambiance, du décalage et de cette sensation d’ailleurs, d’autre chose. Autre chose que quoi ? Là n est pas la question. Juste autre chose.
J aime bcp la condescendance de certains commentaires de personnes ayant apprécié le film, et plus particulièrement cette tendance a vouloir se sentir différent, autre chose que cette nuée moutonnière beauf qui place Mickaek Bay au pantheon des realisateurs (sisi je vous jure, Mickael Bay est un dieu vivant du cinéma, sans doute pas comme il le souhaiterait, mais il n en reste pas moins un dieu vivant du cinéma. Transformers est une lecon de non-cinema comme peu savent le faire, c est un chef d oeuvre en creux, Bcp font de mauvais films, Mickael Bay fait des negatifs). Vous avez aimé le film ? Grand bien vous en fasse, mais pkoi mépriser ceux qui l’ont juste trouvé pourri et ennuyeux ? Depuis le temps que je traine mon DVD de Dead Man, que j en parle à des amis et que je finis par réussir a le leur faire glisser dans leur lecteur (toi aussi joue avec moi : change qq mots dans la phrase précédente et imagine un film de slip de M6), je n ai récolté finalement qu assez peu d enthousiasme, qq bonnes surprises tout de meme, mais si peu a la hauteur de mon propre ressenti. Et ca n a rien a voir avec une quelconque incapacité à comprendre, à ressentir, blablablabla c est juste une différence de sensibilité.
Pour ceux qui ont encore besoin de se justifier à eux memes leur gout et leur ressenti pour se prouver qu ils sont, je ne saurais que conseiller la lecture de cette merveilleuse bafouille dont la puissance ridicule n a rien perdue de sa superbe : aidez moi a trouver une lumière dans la nuit Ici encore, on tient un beau chef d oeuvre en creux.
En vous remerciant Nicolas.
Comment ca je suis moi meme condescendant là ? Si peu si peu
