“Comment je me suis disputé” est un film 100% français, et nous parle pendant 3h de gens, et d’histoire de gens (les gens entre eux ont souvent des histoires, c’est ça qui les rend intéressants). Il parle surtout d’un gens, Paul (le jeu de mot est fortuit mais je le laisse, j’ai pas froid aux yeux).
Paul a (vaguement) 30 ans, quelques (vagues) amis, un poste à la fac en attendant de valider sa thèse, une chambre dans l’appartement de son cousin, et une copine qu’il ne peut plus supporter depuis quelques années. Paul adore parler et s’écouter parler, Paul est orgueilleux, mais Paul doute...
Mathieu Amalric interpréte cet homme un peu perdu, et je pense qu’avec n’importe quel autre acteur le film aurait pu devenir très pesant. Ce mec est un génie, je l’avais déjà adoré dans « Rois et Reine » (un autre film de Desplechin dans le même genre, sorti en 2005, je fais les choses à l’envers) ; il joue à la perfection le looser angoissé / sous speed... Je suis fan.
Les seconds rôles ne sont pas en reste, avec des personnages croustillants bien interprétés (Emmanuelle Devos m’est sympathique dans ce film, c’est dire). Une petite pensée pour le cousin qui, illuminé après avoir couché avec Marion Cotillard, souhaite devenir curé...
3h c’est long pour un film sans anneau à détruire ni bateau à couler, et pourtant ça passe tout seul. Bien sûr ça ne plaira pas à tout le monde, c’est très dense, le réalisateur s’attarde sur l’entourage de son héros et ne lésine pas sur les scènes sympas mais superflues. J’ai vraiment accroché, pour la psychologie des personnages, la justesse de leurs relations, et les idées exposées. Si j’avais un reproche à faire, ce serait la voix off qui vient expliquer par moment l’état d’esprit des personnages... Même si ce qui est dit aide à comprendre certaines choses, j’ai l’impression que c’est de la triche, que si le film avait été parfait cet artifice aurait été superflu. Mais c’est un petit détail.
Un beau film, à voir !
Une longue tirade que j’aime bien et qui illustre (un peu) le film :
“Tu vois le plus grand plaisir que je continue à éprouver, même quand je suis malheureux — je me suis encore foutu dans une impasse que je peux plus bouger — mais y a un truc qui vieilli pas c’est l’étonnement quand je mets la main dans la culotte d’une fille que je connais pas pour la première fois. A chaque fois ça fait peur, c’est toujours différent, c’est tellement bizarre. C’est pas du donjuanisme parce que j’ai pas couché avec tant de filles que ça, mais c’est ce moment là qui fait que tu sens que t’es en vie. les gens bidonnent, te racontent que c’est toujours pareil, qu’un con est un con, que les garçons c’est différent et que les filles c’est pareil. Les filles c’est tellement précisément différent là, à chaque fois. C’est pas seulement de l’infidelité, y a des filles même si tu les connais, tu sens que c’est bizarre, pas gagné, c’est dur à expliquer hein. Mais si tu parles de ça aux gens ils te disent "Hé, ça va tu peux commencer à t’habituer quand même, c’est infantile" ou alors ils se moquent "tu dois pas être une bonne affaire au lit", ce qui est tragiquement drôle quand on sait comment la plupart des gens baisent quand même. Et ben tu vois cette réaction des gens qui font la moue genre "ouais j’espère que t’as mieux dans la vie" alors que tu sais que eux ils ont rien de mieux dans la vie même pas ça, ben c’est ça le plus grand plaisir, le moment où je sens que la vie ça vaut tellement la peine — même si c’est trop cher payer. C’est pas Eideguer qui monte sur sa putain de montagne ou je sais pas quoi. Non c’est le visage de la fille, toi qui a un peu peur, qui repousse l’élastique, le début du ventre, tu vois ? Faut pas croire les gens qui te disent "Et ça va, renonce à ça, y a mieux." Y aura rien de mieux dans la vie, et t’as intérêt à t’en satisfaire. Et c’est déjà pas mal.”






