Bien. Commençons par le début, Battle Royale n’est pas "adapté" du manga homonyme, le scénario de ce film est né d’une idée originale du clan Fukasaku (Kinji et Kenta, Père et Fils respectivement) ; c’est donc le manga qui est tiré du film et non l’inverse. Mine de rien avec cette intro simplette, je viens de démolir une mauvaise idée reçue que beaucoup de peuple partage. Justice est faite !
Durant le tournage de Battle Royale, l’optique de Kinji Fukasaku n’était pas comme certains l’ont dit d’élaborer un film noir, un film profondément critique à l’égard de la société japonaise et doté d’un discours à la Kubrick sur la violence (en gros étudier les bas instincts de l’humain et son aptitude à la violence, blablabla). Battle Royale est le film d’un réalisateur vétéran de 70 ans qui avait envie au crépuscule de sa carrière de réaliser un super bon film d’action sur une île avec la toute dernière génération d’acteur du Japon. Kinji Fukasaku le dit lui-même, il n’est pas fondamentalement contre la violence, et même si filmer des adolescents s’entretuer peut paraître malsain, c’est avant tout un bon trip de bon papy du cinéma qui a passé et a fait passer à ses comédiens 30 jours de rêves (et de tournage sportif, il faut le dire) sur une île presque paradisiaque. Une sacrée expérience ! Là c’est sûr que vous devez me croire sur parole, mais je vous encourage à regarder le making of sur le dvd qui parlera pour moi.
Pourtant si l’on prend Battle Royale sous cet angle, ce ne serait qu’un film - éventuellement bon - "gratuit", un "plaisir de passage", un film d’action futile en quelque sorte, qui recherche avant tout le plaisir brut du spectateur, et du réalisateur il est vrai. Eh ben non, raté, car si Fukasaku cultive (cultivait, il est décédé durant le tournage de BR 2) son image de grand-père sympa et bon vivant qui cherche avant tout à s’amuser, il est en fait blindé d’idées sur la vie, les rapports humains et sa société et bien sûr, cela transparaît dans Battle Royale, et ce, de la plus belle des façons.
Avant de développer ce que je viens d’asséner là cul sec, je rappelle les grandes lignes de BR. Dans un futur proche, le Japon sombre dans une crise sociale, le chômage explose, la jeunesse devient de plus en plus violente et incontrôlable. Pour pallier à ce dernier problème et mater tous ces petits rebelles, le gouvernement japonais instaure la loi Battle Royale. Cette loi prévoit l’enlèvement en bonne et due forme d’une classe de dernière année sur une île et l’obligation pour les élèves de s’entretuer jusqu’au dernier en 3 jours maxi. Je m’explique. A leur réveil sur l’île (on les a endormis pendant le trajet) tous se retrouvent avec un collier explosif muni d’un émetteur ; ce collier explose si il se trouve dans une "zone interdite", quartier géographique de l’île interdite aux élèves et dont la définition change à intervalles réguliers, si le professeur en charge de la classe décide qu’il est temps pour le candidat en question de "disposer" ou s’il reste plus d’un jeune en vie à la fin des 3 jours (dans ce cas-là tous les survivants explosent... miam, si ça pouvait être la même chose dans Lost !). En somme, chaque élève doit, pour survivre, s’assurer d’être le dernier survivant dans trois jours. Il faut peu de temps à une grande majorité d’élèves de résoudre mentalement l’équation logique de leur survie et d’accepter avec empressement le sac - différent pour chacun - qu’on leur offre avant de les lâcher telles des bêtes sur cette île à la beauté enivrante. Le carnage peut commencer...
Le film dure près de deux heures et c’est un modèle de rythme. La première fois que je l’ai vu, autant dire que j’ai trippé comme un fou, je n’ai bien sûr pas vu le temps passer et limite j’espérais irraisonnablement que le film dure plus longtemps, voire ne s’arrête jamais ! "Mais qui va-t-il rester à la fin ??? Pour vu que X s’en sorte !!!" Bref, le gros suspense de brute et la grosse accroche pour un film ultra efficace dans la forme. Les meurtres s’enchaînent implacablement, certaines scènes (celle du phare, par exemple) sont vraiment puissantes, le rythme, je le répète, ne faiblit jamais jusqu’au dénouement.
Maintenant voyons ce qui fait de Battle Royale non pas un très bon film, ni un très très bon film, mais un film culte.
Quand on est adolescent comme moi, on est encore sensible aux histoires de coeur un peu naïve, au rêve, au voyage, aux perspectives d’avenir qui n’en finissent pas d’être plus grandioses à chaque instant. Si vous êtes de cette trame d’ados, Battle Royale sera pour vous plus qu’un film, mais une OEUVRE PHARE, dont vous vous rappellerez toute votre vie. A notre âge, comment rester de marbre face à cette aventure humaine, si dangereuse mais si excitante, dans les forêts et sur les falaises d’une île asiatique encerclé par un océan de bleu, aux côtés de la douce Noriko ? Impossible mes amis, tout simplement impossible !!!
Ce qui fait la profondeur du film et le fait qu’on reste rêveur à la fin du film et qu’on reste jusqu’à la fin du générique porté par la chanson des Dragon Ash, c’est la manière si légère et digeste dont le réalisateur et le scénariste nous encouragent à la réflexion et distillent dans leur film de si discrets mais si bons éléments intelligents. J’ai vu le film plus de 5 fois et à chaque je me prends à me dire en moi-même "ah mais tu vois cette scène là ça veut peut-être dire xxxxxxxx"
et de ces éléments-là Battle Royale en est littéralement constellé, ce qui offre au spectateur la possibilité d’une double lecture ! Razz
J’adore ça, c’est si agréable après avoir vu un film d’avoir le sentiment d’être passé au-dessus d’un gouffre dont il nous reste tant à explorer ! Et Battle Royale, c’est exactement ça !
Et le must, c’est que les formalités "techniques" ne gâchent rien à l’affaire : les acteurs sont tous convaincants, les personnages sont très attachants (franchement c’est un pur régal), les musiques GRANDIOSES, il s’agit d’un mélange entre musique classique existante et créée pour le film par Masamichi Amano, on a même droit à un célèbre aria de Bach dont je ne sais plus le nom mais que j’adore, bref c’est la fête !! La prestation de Takeshi Kitano est un événement en soi, la fin est totalement imprévisible, les acteurs se sont éclatés sur le tournage et au sortir de ce film, qu’est-ce qu’on aurait aimé être à leur place !
Battle Royale c’est plus qu’un film, c’est une expérience d’adolescent, totalement enivrante de plaisir et à la profondeur abyssale de double lecture !
Kinji Fukasaku a réussi un truc incroyablement abouti et qui représente une fin en soi ! La preuve, Battle Royale II, le dernier film auquel Kinji a participé avant de mourir n’a quasiment rien à voir avec le premier ! Ce qui n’enlève rien à sa qualité, car il est bon pour d’autres raisons, mais ça c’est une autre histoire.
Si vous aimez rêver en contemplant l’océan infini de la définition de la vie et toutes autres questions existentielles surpuissament trippantes, vous adorerez Battle Royale ! Et c’est mon dernier mot !
P.S : je rajoute quand même quelques détails, c’est dur je trouve de se rappeler de tout ce dont on voudrait parler quand on rédige une critique.
- chaque élève qui participe à Battle Royale a un caractère différent, et représente bien les différents types de personnes, et leur manières d’agir dans la vie, les limites de leur moralité, jusqu’où va leur caractère "civilisé", à quel stade se laissent-île entraîner dans la sauvagerie...
- des thèmes importants sont bien traités, comme la confiance envers l’autre (sans ça une société n’est rien), la difficulté des épreuves physiques et éphémères comparé au "management" global de sa vie, ou la construction dune relation durable avec une personne qui nous est chère... (les autres, trouvez-les Wink)
- Battle Royale n’est pas réellement violent, au sens où la violence n’est que visuelle, c’est gore, mais très peu malsain. Le film reste en fait assez naïf est positif, vous ne verrez pas de jeunes Japonaises en uniformes se faire violer dans des toilettes crades au sein d’un plan-séquence de 20 minutes (cf Irréversible).
Enfin, comme Fab le disait sur le forum, ça donne envie de le revoir.
n’empeche que j’en ai encore pris plein la gueule (cf. commentaire sur mon post), j’ai pas aimé, j’ai pas aimé voilà. Si ça continue comme ça je vais devenir un grima. Voir le film c’est une chose, tu as de bon arguments, mais je le trouve toujjours aussi nul :). Voir l’interview du realisateur apres c’est autre chose. Toi apparement tu le trouve bien, moi j’aime pas du tout ce qu’il raconte, il se la joue genre "illuminé" mais ça sonne faux, et ça rend le film encore moins bien.
Un film qui aura fait couler beaucoup d’encre :)
pour le décalage culturel, je n’ai proprement rien remarqué, c’est peut-être que je commence à avoir l’habitude des films ou dessins animés japonais ? en tout cas c’est sympa d’avoir publié mon article. et pour ce qui est de la construction des personnages en eux-mêmes, j’ai trouvé ça très réussi : chaque perso est bien différent, a une personnalité propre !et quand on sait qu’il y en a 40, c’est plutôt un bon point !
mais c’est vrai que je suis fan de ce film. Honnêtement ça m’a vraiment fait rêver et j’envie vraiment les acteurs de cette aventure
je comprends pas trop ce que tu veux dire xNx, quand tu parles du réalisateur "illuminé". La force de Battle Royale c’est justement la double lecture qu’il propose ; contrairement à sa suite justement, BR 1 n’impose que très peu de réflexions, elles restent juste suggérées mais on peut en déceler un grand nombre. J’aurais du aussi parler du personnage du professeur, totalement barré et original... je croi qu’il y a beaucoup de choses que je n’ai pas dites lol
en tout cas, le fait que tu m’aies publié jojo montre que tu t’occupes bien de ton site, et qu’il est dynamique et ouvert, franchement pour moi c’est un bon point pour mouton rebelle !
si ça t’a pas envie de voir le film, c’est dommage, je n’ai donc pas atteint mon objectif. pourtant, je peux t’assurer que battle royale n’est pas un film "violent" au sens où l’on y est habitué. Battle Royale n’est pas un film malsain, cela reste un film naïf, l’aspect violent tient plus du gore qu’autre chose ; et je n’ai jamais parlé d’esthétisation de la violence, le film en est loin d’ailleurs !
et de mon côté, le statut de "facho" de kinji fukasaku reste encore à prouver... donc je t’encourage, même si mon texte ne t’a pas plu, de visionner Battle Royale et venir me faire part de tes impressions
Ca me fait marrer quand des ados ou post ados complétement niais devant la violence qu’elle fait bander comme pas permis essaye de se sortir une commentaire pseudo-intello pour justifier leur trip devans des massacres.
Ahahaha !
J’imagine ... au bout de 2h de massacre le nombre de "réflexions sous entendues" que le réalisateur a voulu laissé transparaître. "Alors la c’est le mec n°12 qui butte mec n°23, mais c’est pas de la violence gratuite, il a voulu dire par là que dans les relations de tous les jours ...bla bla bla "
T’as qu’à juste avouer que tu t’es mouillé en matant ce film bourrin. Tu seras plus crédible et tu claqueras moins d’énergie.
C’est dommage de ne voir dans Battle Royale qu’un exutoire violent pour adolescents. Au contraire, la violence dans ce film est plus filmée de manière à choquer qu’esthétisée ou complaisante façon Matrix ou autre. Le seul caractère esthétisé de cette violence dont tu parles dans Battle Royale, c’est la tragédie qu’elle entraîne et sur laquelle la mise en scène fait plus pleurer que bander.
Ce film montre des humains qu’on pousse jusqu’au bout d’eux-même pour révéler ce qu’ils valent, et le résultat est mis en scène de la plus magistrale des façons, avec de plus beaucoup de personnages aux caractères très variés.
Les meurtres dans BR sont on ne peut plus brutaux, quand ils ne sont pas dramatisés, comme la mort de la tueuse sur fond de musique de Bach. Alors pour le trip sur la violence, il faudrait plutôt cracher sur Matrix et tout sa clique, qui eux font montre d’une réelle ambiguïté sur le traitement de la violence.
Et je rappelle quand même que dans BR, les seuls survivants sont une pacifique extrême et un non-violent qui a commis un meurtre désespéré pour sauver sa compagne (shuya à la fin et kitano, ce qui appuie bien le message selon quoi la jeunesse est poussée à la perversion par les adultes).
Bref c’est pas encore demain la veille du jour où on parviendra à casser mon film culte :P





